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XXIX - Fascicule. Elle paraît annuellement en un ou plusieurs fascicules. Chaque livraison comprend des articles originaux, des communications, des études bibliographiques et des comptes-rendus en arabe, français, anglais, espagnol et éventuellement en d'autres langues. Les textes, dûment corrigés, doivent être remis en trois exemplaires dactylographiés, en double inter! Les textes non retenus ne sont pas retournés à leurs auteurs. Ceux-ci en seront avisés. Les auteurs reçoivent un exemplaire du volume auquel ils auront contribué et cinquante tirés à part de leur contribution.

Une revue bientôt centenaire face aux défis du changement. La revue Hespéris a été fondée en une année seulement après la création de l'Institut des. La revue Hespéris - Tamuda est consacrée à l'étude du Maroc, de sa société, de son histoire, celles de leurs auteurs et n'engagent en rien Hespéris-Tamuda. XXIX - Fascicule HESPERIS TAMUDA Sous le patronage du Doyen de la aux associés d'étrangers (et) que ces locataires sc dépêchaient d'y installer des cazibs On ne leur distribuait pas de nourriture gratuite, sauf, nous apprend- on en.

XXIX, Fasc. Le Maghreb et les études maghrébines viennent de perdre un ami et un maître. Sans doute était-il réduit à l'inactivité depuis quelques années. Sans doute le poids des ans était-il presque venu à bout de sa belle vitalité. Cependant nous' en avions encore de bons échos vivants. En l'absence même de tout contact personnel, c'était un réconfort pour l'historien maghrébin, né sous la colonisation, et qui en est encore à s'efforcer d'en surmonter les ondes de choc, de savoir que Charles-Andé Julien était toujours là et sympathisait.

Car voilà prononcé le maître-mot de la vie de cet homme. Il était, pour ainsi dire, doué pour la sympathie. Je prends le terme, évidemment, à son sens étymologique. Sympathiser avec quelqu'un, c'est ressentir ce qu'il ressent, souffrir de ce qu'il souffre. Sympathiser avec autrui, c'est si bien le comprendre qu'on ne peut faire autrement que de l'aimer pour ce qu'il est.

Incontestablement, la vie de Charles Andé Julien, depuis son premier contact avec la terre maghrébine à Oran en jusqu'à sa mort à Paris l'été dernier, n'a été qu'une longue et fidèle communion avec les peuples soumis au joug colonial en général, et avec le peuple maghrébin en particulier.

Don personnel ou bien fruit d'une éducation de braves? Charles-Andé Julien, très tôt, distingua le juste de l'injuste. Le premier grand homme de sa vie, ce fut Jean Jaurès. L'affaire Dreyfus en fit dès l'enfance un militant pour la vérité. Si bien que lorsque le hasard l'installa avec ses parents à Oran, il était déjà en mesure de s'étonner qu'un seul élève musulman figurât sur les listes de son lycée qui en comptait un millier.

Il était déjà armé pour écrire spontanément un article pour la "Défense et illustration de la langue arabe", que le journal local, à qui il était adressé, se garda bien de publier. Il était, en un mot, immunisé d'emblée contre la société des colons, faite d'arrogance, de mensonge et de rapacité.

Ce qui a fait de moi un militant anti-colonial, c'est justement que le colonialisme est fondé sur un privilège; et le privilège est considéré comme une supériorité, non seulement collective du pays le plus "avancé" par rapport au pays qu'il colonise, mais aussi individuelle.

Le demier traîne-savates qui arrivait au Maghreb considérait qu'un Arabe cultivé était un sauvage par rapport à lui". JA; n C'était, en effet, profondément sympathiser. Charles-André Julien mit toute son énergie dans la lutte pour l'émancipation des peuples colonisés.

Il milita d'abord dans le Parti socialiste. Il fut, en , le premier conseiller municipal socialiste d'algérie. Position peu confortable alors, on n'a pas de peine à l'imaginer. Ensuite, il milita dans le Parti communiste au lendemain du Congrès de Tours.

Cela lui valut un voyage dans la naissante u. Il y eut de longues discussions avec Lénine et Trotsky.

Il en profita aussi pour aller voir ce qui se passait du côté des républiques musulmanes d'asie centrale. Il en revint convaincu que la colonisation, partout, était violence et exploitation. Mais le Parti le dissuada de le dire à Paris. Il se plongea alors dans la recherche historique.

Il en ressortit en , avec sa première grande oeuvre, L'Histoire de l'afrique du Nord des origines à Puis il quitta le Parti communiste pour retrouver son Parti d'origine, celui qu'avait fondé Jean Jaurès,au fond, son seul maître à penser.

Le chef, en , en était Léon Blum. Lorsqu'il fut porté à la tête du Front populaire et du gouvernement qui en était issu, Charles-André Julien fut appelé à ses côtés pour le conseiller sur les affaires maghrébines. Il était en la matière le meilleur spécialiste de la gauche française.

Quoique déjà âgé de cinquante ans, Charles-André Julien paya son tribut à la lutte pour la liberté. En septembre , il fut proposé pour un poste de sous-secrétaire d'etat aux Affaires étrangères. Mais le ministre en titre était Georges Bidault. Il s'y opposa alléguant "le caractère téméraire de l'ami Julien.

En vérité Charles-André Julien n'était pas homme à ne pas appeler un chat un chat et le colonialisme une extorsion.

Il en donna des preuves dans l'assemblée de l'union française dans laquelle il siégea pour son Parti dès Il le démontra à longueur de pages dans tous les livres qu'il donna sur le Maghreb après Quelle joie et quel réconfort ce fut pour nos aînés du mouvement national de pouvoir lire la vérité, rien que la vérité, sur les agissements colonialistes, sous la plume si incisive et dans le style si décapant de l'illustre disparu.

Joie et réconfort que j'ai éprouvés et éprouve encore, quand, ouvrant un de ses ouvrages, je peux lire, noir sur blanc, ce qu'était au fond le général Juin, ou bien ce qui faisait ramper 'Abdelhay al-kettani, ou encore les crimes. Et c'est cela l'histoire, la vérité sans complaisances ni circonlocutions. De cette leçon, nous autres historiens du Maghreb, et quiconque voudra faire pour de bon l'histoire de la colonisation, nous resterons pour toujours redevables à Charles-André Julien.

Certes, n'y a-t-il pas d'histoire absolument objective. Peut-être n'y a-t-il, en effet, que des historiens. Mais alors il n'y a pas de véritable historien qui ne soit un homme de coeur. Charles-André Julien était un homme de coeur. C'est pourquoi, évoquant sa mort, j'ai eu d'abord envie de dire: Sa vie n'a pas été longue seulement; elle a été utile d justement remplie.

Ayant atteint l'âge de la retraite au moment où le Maroc recouvrait son indépendance, mais encore plein d'énergie, il accepta la proposition que lui fit feu Mohammed V de veiller à la fondation de notre première Faculté des Lettres. C'était une récompense et un acte de reconnaissance.

Mais c'était aussi une charge délicate et une vraie mission. Charles-André Julien s'en acquitta à son honneur, et à sa manière habituelle faite de sobriété et d'efficacité. Alors qu'importe que la nature ait fait son travail? Cet homme était "notre homme" et nous ne sommes pas près de l'oublier. Certes, l'inflation onomastique concernant l'appellation même de la bataille 1 signale un intérêt précoce des chroniqueurs qui a rejailli sur les études historiquesrécentes 2. Pourtant, ce serait 1 Les appellations les plus courantes sont: Pour la documentation ottomane et aujourd'hui, pour la plupart des chercheurs turcs, aucun de ces noms n'est usité et la bataille porte un nom tout à fait particulier: Les efforts qu'on a fournis pour retrouver à la fois l'angine et la signification de cette particularité sont restés pour l'instant peu concluants.

Serait-ce le résultat de ce que l'oreille turque a perçu de la phonologie de "wad Rissana", un autre affluent du Loukkos comme le Wad al-makhàzin, et dont les abords ont été aussi le théâtre de combats? Est ce que les Turcs qui ont participé à la bataille étaient stationnés aux environs de cet affluent-là et auraient ainsi appelé la bataille suivant son nom?

L'hypothèse d'un composé "Wadrissana" qui se serait métamorphosé en Wadiusseyl est alléchante, vue la trés grande proximité phonétique des deux composés. Cependant, cela demeurera pure hypothèse aussi longtemps qu'on n'a pas retrouvé des textes ottomans anciens qui donnent une idée de l'émergence de cette appelation.

Il reste que la cohérence de l'utilisation récurrente de cette appellation unique suppose une source commune que les sources ottomanes révéleront peut-être un jour. Kurayim, Rabat, []: Cette note vise essentiellement à présenter ce document et à le mettre en perspective avec ce qui semble acquis en la matière.

Vne brève récapitulation sur les acteurs principaux à Wàd al Makhazin, côté Sa'di, précédera une description à la fois externe et interne du document en question et des éléments de nouveauté qu'il apporte au débat.

V n essai d'interprétation suivra. On trouvera en appendice, la transcription arabe, dans la mesure du déchiffrement actuel du texte, accompagnée d'une copie de l'original en fac-similé. La traduction française de ce texte sera donnée in fine. Il n'empêche que ce rôle reste clairement sous la responsabilité et la direction de 'Abd al-malik.

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Après les joutes épistolaires entre le roi envahisseur et le sultan résistant dont les chroniques futures se montreront friandes, 'Abd al-malik est montré dans le champ de bataille, haranguant la foule des soldats, donnant des directives tactiques, participant même diredement au combat.

Mais il a été malade depuis quelque temps3. Les études globales réservent nécessairement une section à cette bataille: Brignon, J. Histoire du Maroc, Casablanca, Julien, Ch.

Plusieul'li monographies y ont été consacrées dont les plus importantes sont Bovill, E. Ainsi le hajib continuait à donner les ordres au nom du sultan mort et au soir de la victoire, personne ne doutait qu'en fait c'était une victoire posthume. Cet ouvrage qui est panni les premiers à utiliser la documentation ottomane dans le traitement de l'histoire du Maghreb a été récemment traduit en arabe sous le titre: Colin, Rabat, Une version sensiblement semblable, avec des modifications de détail, est reproduite de chronique en chronique.

En plus des nombreux documents qui se rattachent au personnage de 'Abd al-malik et à son action à la veille et durant la journée de la bataille et qui sont inclus dans les Sources inédites de l'histoire du Maroc, Cf. Première Série, Espagne, voi.

Les Essais de Michel Montaigne, ed. Saulnier, Paris, , Livre II, ch. Montaigne écrivait dix ans seulement après la bataille dont il donne une description colorée qu'il a dû reprendre sur quelque relation de captif ou de soldat ayant participé à la bataille. Voici par exemple comment il décrit la maladie d'abd al-malik et sa mort courageuse: Mais ce fut aussi le seul office de Capitaine qu'il résigna; tous les autres, nécessaires et utiles, il les fit très laborieusement et exactement Cet effort acheva d'accabler le peu de vie qui lui restait.

On le recoucha. Lui, se ressuscitant comme en sursaut de cette pamoison, toute autre faculté lui défaillant, pour avertir qu'on tût sa mort, qui était le plus nécessaire commandement qu'il eut lors à faire, pour n'engendrer quelque désespoir aux siens par cette nouvelle, expira, tenant le doigt contre sa bouche close, signe ordinaire de faire le silence Extrême degré de traiter courageusement la mort.

La première qui s'écarte sensiblement de ce tronc commun est celle des sources ottomanes résumées par Aûz Samih liter qui a écrit une Histoire des Turcs en Afrique du Nord dans les années trente de ce siécle, se fondant à la fois sur la littérature historiographique française de l'époque et sur les fonds d'archives ottomans qu'il avait à sa disposition à Istanbul 5.

Est-ce que cette ve: Rien ne permet de l'inférer puisque liter ne fait pas mention expresse de ce document. Cependant, on peut valablement supposer que liter a pu utiliser l'une des nombreuses chroniques ottomanes de cette période, laquelle aurait eu connaissance sinon du document en question, proprement dit, du moins de son contenu.

A travers un style ampoulé et une rhétorique redondante, l'historiographe montre son souverain maître de l'action réelle dans la lutte qui a opposé les deux oncles, leur neveu et ses alliés ibériques sur deux ans. Ilter, 1: La deuxième moitié de la lettre est presque un texte codé puisque le scribe a décidé d'omettre tous les Roints diacritiques et de réduire la silhouette des caractères au strict minimum D.

Est-ce une pure coïncidence? II ne me semble pas que ce soit le cas. II est remarquable que la lisibilité de la lettre croit en sens inverse du degré de secret requis par l'information qu'elle porte l1. Les lettres officielles, aussi bien marocaines qu'ottomanes, se ressemblent quant à leur structure épistolaire.

Après les prières et les apologies d'introduction, le corps de la lettre se répartit, généralement, en deux parties majeures. La première résume la ou les lettres reçues; la seconde porte la réponse, avec l'information ou les ordres nécessaires.

Dans le cas présent, la première partie de la lettre de Murad III, relativement lisible, reprend les élèments de la lettre d'al-mansür. Plus important encore pour notre propos est le rôle qu'al-mansür semble s'être donné dans sa lettre. Ordre no , p. Basbakanlik, Catalogues des MD, Rodrigez, D. Lorsque la confrontation est devenue inéluctable, Al;unad et 'Abd al-mâlik se sont portés ensemble contre les ennemis.

Toutefois, 'Abd al Malik, submergé par les ennemis, a dû rebrousser chemin. C'était donc à Al ,mad de leur faire face et de les défaire. Ahmad a dû voir l'avenir de son pouvoir dans le cadre d'une relation étroite avec Istanbul à l'image de celle qu'entretenait 'Abd al-màlik. La réponse de Murad III montre un certain inconfort à l'égard de la victoire sa'dïe.

A deux reprises, la lettre du sultan insiste sur la puissance d'istanbul, sii! Pour le sultan ottoman, la victoire de wad al-makhâzin ne justifiait pas l'apparition d'un pouvoir sa'dï indépendant au Maroc. Ce n'est que durant, 12 Kurayim, A.

En juillet , le souverain sa'dïavait entièrement changé son attitude et le dédain avec lequel il traita l'ambassade turque qui était sans doute porteuse de cette lettre, levait toute confusion et affirmait la nouvelle politique d'indépendance complète à l'égard d'istanbui Son intérêt gît aussi dans le fait qu'il représente peut-être le plus ancien témoignage direct sur Wiid al Makhazin.

Il reste cependant extrêmement intéressant s'agissant de l'évolution des relations entre les Sa'dï-s et les Ottomans au lendemain de Wàd al-makhazin. J JLaI Ir Jl.

JyLoJ J. JJ; r. JI J Les trois points entre parenthèses indiquent les lieux du texte non-encore déchiffrés. Il est intéressant de relever que les "fautes" d'orthographe proviennent fondamentalement de "turquismes" tels.: J [4]1s- 1 "-: J 4JL Nous l'avons émise avec l'aide de Dieu, le Seigneur qui consolide qui il desire panni ses serviteurs, et qui accorde le pouvoir à qui il choisit.

Notre lettre contient une salutation dont la pureté se lève comme la lune et le soleil sur ce pays occidental [le Maroc]; elle comprend des compliments dont la sincérité écane l'inquiétude de celui qui a oublié [notre] puissance et l'amadoue.

Il est infonné que sa correspondance, ponant la bonne nouvelle Ide la victoire1 passée qui a amené plaisir et réjouissance, est arrivée à nos sublimes porles sultaniennes. Elle est parvenue à nos hauts seuils impériaux que les lèvres des rois d'occident et d'orient ont eu l'honneur d'embrasser et dont la poussière a honoré les fronts des puissants de la paix et de la guerre.

Nous avons alors senti les éclairs de la victoire à travers son titre et aperçu les chars de triomphe à travers son élévation Il préféra le côté de l'erreur et de l'hostilité.

Il ravagea les marges du pays et coupa les routes aux commerçants ainsi qu'à d'autres Musulmans, tantôt par lui-même, tantôt en incitant le groupe vulgaire de ses acolytes. Il persista dans 17 l'utilise les crochets [ 1pour compléter les phrases ou expliciter les allusions. Il se refugia auprès du roi du Portugal dont il demanda i: Il rejoignit les gens de l'incroyance et de l'erreur. Il les égara et ainsi devint un égaré égarant [les autres]. Il se mit à l'ombre de leur protection. Alors, ij rassembla les soldats de Satan et multiplia le nombre de ses associés dans l'erreur jusqu'à ce que ceux-ci eussent dépassé quatre vingts mille alliés.

Alors, sa noble grandeur [Mawliiy AlJmad] les chassa tel le lion poursuivant sa proie ou l'homme résolu attaq uant son ennemi, tombé dans son piége. Il les encercla dans cet espace ouvert, les,attaqua et les décima Comme cela fut entendu. Il fit grand usage des épées pour les atteindre dans leurs points mortels et pennit aux chevaux de Il éggllisa, dans la mise à mort entre le noble et le serf Ils prirent la retraite dans J"humill'ation.

Nous avons pris connaissance de cela et nous avot.

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Vous devez donc, à l'anivée [de notre lettre], la recevoir avec les meilleures marques d'honneur, de respect, de glorification. Ce qui suit, constitue la réponse de Murad III.

Il est espéré 1 que vous Que Dieu le grand De cette universalité, il dégage un modèle. D'aprés Hobsbawm, le bandistisme est une forme "archaïque" d'agitation sociale qui a été marginalisée dans la littérature historique. Deux types de mouvements sociaux de contestation ont été retenus par cette littérature: C'est une 1 Hobsbawm EJ. Studies in Archaic Fornas ofsocùlj Movement in the h and 20th centuries. The Norton Ubrary, , New York. La traduction française: Hobsbawm, Lesprimitifs de la révolte dans l'europe moderne, trad.

Penguin Books, La traduction française: Hobibawm, Les bandits. Voir au5sï Land5berger Henry A. MacMillan, 2 Hobsbawm, Primitive Rebets, p. Essentiellement marginal et rural, il déroute l'historien social. Bien que s'exprimant par le vol et le pillage, il est paradoxalement porteur de valeurs nobles 3, un fait qui lui vaut son appellation de "banditisme social". Il constitue "une fonne primitive de protestation sociale o]anisée" et un type particulier de protestation et de rébellion paysanne' qui apparaissent généralement durant les phases transitoires de l'évolution des sociétés précapitalistes vers le modèle capitaliste ou industriel.

Le banditisme social comporte, d'aprés Hobsbawm, un certain nombre de caractéristiques: Cette caratéristique fait de ce banditisme un type justicier qu'incarne Robin des bois qui se révolte contre les riches et les pille pour donner aux pauvres 5. C'est la stratification et les disparités sociales qui font apparaître le bandit comme une figure de protestation et de rébellion sociale paysanne 6. Le phénomène prend de l'ampleur dans une société, soit durant les périodes de crises économiques, lorsque la paupérisation des campagnes atteint son apogée, soit durant les périodes d'épidémies et de catastrophes naturelles imprévisibles, ou encore lorsqu'il y a une crise politique qui accompagne la faiblesse du pouvoir central.

Université Mohammed V HESPÉRIS TAMUDA. VOL. XXIX - Fascicule 2

En général, le banditisme apparaît à un moment où se focalisent les différentes crises et lorsque la société franchit une étape transitoire, telle que celle du passage de la société tribale à la société capitaliste7.

Il est par conséquent admiré ct encouragé. Le modèle est toujours un type idéal dans le sens webérien du terme, il doit être confronté à la réalité historique de chaque société. Dans quelle mesure pourrait-on interpréter le phénomène du pillage dans la société marocaine précoloniale à la lumière du modèle de Hobsbawm? Lorsque l'on se réfère à des documents historiques, l'historiographie, les Kunnàsh, les correspondances du Makhzen, les nawazij, ainsi qu'à la littérature coloniale , nous rencontrons les phénomènes du pillage et du banditisme, dans une singularité propre à la société marocaine, qui trahirait une caractéristique fondamentale sur laquelle s'érige le modèle de Hobsbawm, à savoir le mythe de Robin des bois.

Dans son étude comparative du banditisme en Algérie, au Maroc et au Pakistan, D. Hart a déjà souligné ce fait. Pour le cas du Maroc, en se référant aux données recueillies chez les Jbàla et au Moyen Atlas, il a critiqué le modèle de Hobsbawm qui associe le bandit social à Robin des bois 9 Celui-ci relève de la légende beaucoup plus que de la réalité.

D'aprés D. Hart, malgré son effort pionnier à contourner la question et à la théoriser, Hobsbawm est resté prisonnier d'un certain discours sur les bandits et le banditisme. C'est celui des légendes et des écrits romanesques, renforcé par une certaine image héroïque du bandit et qui est projetée par les mass-media de notre époque. Banditry in Islam. Case studies from Morocco, Algeria and the Pakistan. North West Frontier. Middle East and North African Studies, Rart au modèle de Hobsbawm, son interprétation, bien qu'elle n'ait aucune prétention théorisante, soulève quelques remarques.

En insistant sur les grandes figures du banditisme, D. Rart a privilégié la phase fmale d'un processus. Le phénomène de l'émergence des grands bandits à la fm du XIX e siécle et au début de l'intervention française tels que cali Bufrahi, Raysuni, Khriru et ceux de l'atlas , répond en partie à l'interprétation de Robsbawm, qui lie le banditisme à la période de crise, mais témoigne d'une certaine évolution du phénomène comme réaction à une situation coloniale.

Privilégier les grandes figures du banditisme, c'est saisir le phénomène dans son étape fmale et négliger l'assise sociale sur laquelle il repose. Or les fondements sociaux, politiques et économiques qui donnent naissance à ces figures sont à chercher dans la structure socio-politique de la société marocaine de l'époque pré-coloniale.

Les idées avancées dans cette contribution tournent autour de deux 1 Dans le contexte marocain précolonial, le banditisme social, pour reprendre l'expression de Robsbawn, ne doit pas être dissocié des phénomènes qui lui sont proches: Le banditisme et le pillage constituent, paradoxalement, à la fois une dimension importante de la siba de la marginalité et Wle soupape de sécurité pour le Makhzen.

Le paradoxe du banditisme, c'est qu'il est en dehors de la norme pour confirmer la norme, il se situe dans les limites du système pour lui permettre d'exister et le perpétuer. Durant cette époque, le vol et le pillage, bien qu'étant des actes. Ils constituaient même un terrain où le courage des hommes était mis à l'épreuve.

Et il a fallu l'avènement de l'islam, et l'instauration d'une nouvelle éthique, pour que le vol soit interdit et banni. Cependant, bien que le brigandage et le vol soient devenus avec l'islam des crimes qui valent à ceux qui les commettent des châtiments stipulés par la loi islamique, ils ont continué d'exister dans le phénomène de futuwwa qu'on retrouve dans la société cabbaside.

Autrement dit, futuwwa connote, paradoxalement, une qualité qui rassemble la noblesse, le banditisme et la marginalité. Les termes pour désigner ces marginaux, ou comme les nomme L. Gardet ces "associaux", ont changé à travers l'histoire des sociétés arabes.

Dans le discours des historiens marocains du XIX e siècle, le banditisme et la rébellion politique sont deux faits étroitement liés. Les "a-sociaux" et les marginaux sont à la fois des coupeurs de routes, des voleurs, mais aussi des insoumis qui volent, pillent, dépouillent les passants, les caravanes et s'attaquent parfois à la mhalla du Sultan ou aux convois des représentants du Makhzen. Les termes utilisés' par les historiens pour décrire leurs attaques et leur pillage sont encore plus violents que les actes qu'ils décrivent.

Voir l'article Ufi 11 Encyclopédie de l'islam, Voir l'article fuwwwa. Voir aussi L. Gardet, Les hommes de l'islam, Hachette, 12 Encyclopédie de I1slam. Futuwwa, p. Ibn zaydan, cabd ar-rahman, ItIJ4f acliim an-nas bi jamlili akhbiiri, hlidirati maknlis, 5 vol.

Manuscrit, Bibliothèque Générale, no. La richesse et la violence du jargon de l'historien révèlent la finalité pédagogique du discours.

L'historien relate moins les faits qu'il n'étale les préceptes d'une morale. Si le brigandage se situe toujours en dehors de la norme, il acquiert nécessairement le statut de la marginalité.

Certes, l'histoire de la marginalité dans la société marocaine reste à faire. Et elle ne pourrait se faire qu'en contournant ce que le texte impose comme central: Leur paradoxe réside dans le fait que la marginalité des bandits et de ces coupeurs de route est centrale. Elle fait parler d'elle même, elle est évoquée avec insistance, dans les correspondances, dans l'historiographie, dans les écrits historiques et dans les kunnâsh du Makhzen.

En fait, les marginaux à rechercher dans les documents historiques seraient de deux sortes: Voilà un fait qui révèle, paradoxalement, le prestige de la marginalité. Dans le discours de l'historiographie, les actes qui caractérisent ces marginaux, à savoir le vol, les razzias et le pillage ne se limitent pas à eux. Il y aurait une distinction à faire dans ce discours entre le pillage et ceux qui le pratiquent. L'acte de piller n'est accepté ou banni par l'historien que dans son rapport avec l'identité de celui qui le commet.

Dans toute confrontation, il y a présence du pillage. La moindre confrontation entre tribus, ou entre tribus et Makhzen fait déclencher le pillage de chaque côté.

Par conséquent, le pillage n'est donc jamais condamné en soi, ou considéré comme étant un acte répréhensible en soi. Tout dépend de celui qui le pratique, de quel côté il émane, et de celui qui le juge. Tout se passe comme si le pillage est permis pour. A différents paliers de la société, que ce soit au niveau tribal ou au niveau du Makhzen, le pillage est condamné ou permis au nom de la raison du pouvoir.

C'est cette raison qui guide le discours de l'historien et lui octroie l'autorité de juger les parties impliquées dans le pillage. Le pillage de la harka du Makhzen est jugé comme étant un acte noble et héroïque. Emanant du pouvoir légitime, le pillage que pratiquent les 4arka makhzéniennes dans les tribus est légitime au yeux de l'historien.

Son discours nous apprend donc un fait banal mais tenace: C'est au nom de cette raison de pouvoir qu'ibn Zaydan juge et condamne le pillage des tribus. Il laisse parfois le faqih qui l'habite se prononcer SUr le pillage. Son discours se substitue parfois à celui de la jurisprudence. Il adopte le style d'argumentation des fuqaha, évoque la chaîne de leurs dires et précise leur position vis-à-vis de ces fauteurs et coupeurs de route l4. A travers cet étalage d'opinions se dégage une ambiguïté qui nuance entre une attitude de condamnation absolue, dictée par les opinions des fuqaha; et une autre dictée par la politique de l'etat siyàsa.

Celle-ci exige parfois du gouverneur de se rallier aux fauteurs pour les fins de "la bonne politique" 40sn as-siyasa. Ibn Zaydan nous lance la raison de cette alliance: Le vocabulaire utilisé dans les textes qui décrivent les actes de pillage est prolifique lorsqu'il s'agit de nommer les bandits.

Sa richesse inépuisable n'est qu'une vengance. On les retrouve parfois lorsque le document relate et rapporte des actes de vol commis par des bandes inconnues contre des marchands. La quasi absence du terme usuel de voleur est remplacée par un répertoire plus riche de notions dont les contenus signifient quelque chose qui est plus que voler. L'historiographe excelle dans le choix des termes pour qualifier ces fauteurs, mettre en évidence leur nature mécréante 14 Ibn Zaydân A.

En fait, ce discours désigne les marginaux du système. Mais ces marginaux ne sont pas "fauteurs" que dans leur rapport avec le pouvoir central. Pour l'historiographe, les mécréants fussad s'expriment toujours par le pillage. L'ordre politique et social que nous révèle l'historiographie obéit à une logique simple et manichéenne: Cette logique ne fait qu'exprimer celle du Makhzen. Dans une lettre datée du 9 dhi alqicda adressée au caïd Mbârek CheU;t concernant le désobéissance d'un douar des Zemmour; Moulay Hassan écrit " Attaque uniquement le mauvais, mais si tu n'arrives pas à distinguer le bon du mauvais ou bien si tu doutes qu'une telle distinction est impossible, attaque "16 les tous Les pilleurs sont donc punis par le pillage lui-même.

Mais dans un cas, l'acte émane du mauvais, dans un autre il émane du bon. Le rapport entre le bon et le mauvais est un rapport dialectique. Tout se passe dans le discours de l'historien comme si les marginaux sont là pour la légitimité de l'équilibre du système. Ils sont là pour la légitimité du modèle. Quelle fonction et quel rôle joue le pillage dans la société de l'époque? Une tentative de réponse à cette question nous impose de débarrasser le discours du document historique sur le pillage de sa morale, afin d'en extraire une matière historique.

En effet, soumis à un effort d'exergue, le document historique nous livre beaucoup de données sur le phénomène. Celui-ci n'a pas échappé aux ethnoloques coloniaux, qui, dans leurs descriptions des institutions tribales, ont relevé le fait, et ont rapporté beaucoup de détails.

A travers la pratique du pilfage se révèlent les stratégies mises en oeuvre par les différents acteurs sociaux dans leur vécu politique, social, économique, et sympolique. Des données ethnographiques, se dégagent les fonctions et les stratégies multiples du pillage dans la société; un fait qui nous pousse à dire à propos du pillage ce que M. Mauss a dit à propos du don: En effet, dans le pillage on retrouve une dimension politique, dans la mesure où il est stratégie et stratège dans les conflits intertribaux et dans les conflits qui opposent les tribus au Makhzen; une dimension économique dans la mesure où il permet la circulation des biens; et une dimension symbolique dans la mesure où il est le terrain du gain, ou de la perte, du prestige et de l'honneur.

A un niveau tribal, le pillage intervient comme expression de conflits intertribaux. Il n'y a pas de conflits sans attaques et vols de bétail, des silos et même parfois des femmes.

Il exprime et accompagne les relations conflictuelles du rapport segmentaire. Une tribu ne pourrait infliger une correction à son ennemi une autre tribu qu'en termes de vol et de pillage. D'un autre côté, le pillage vise aussi un ennemi éventuel. Et c'est dans ce sens que se forment les bandes de rôdeurs dans les tribus pour dépouiller les passants ou attaquer les caravanes de commerçants se rendant au souq La 17 Sur "les rôdeurs et les djouchs', voir, S.

La montagne berbère. Les Au OUmalou et le pays Zaian. Renseignements Coloniaux, p. Pour S. Guennoun, ces. Dans ce contexte le pillage et le banditisme sont-t-ils une expression du marginalisme? Hobsbawm a bien lié le banditisme à la marginalité.

Selon son analyse, c'est le manque d'intégration de certaines catégories sociales dans la société rurale qui donne naissance au banditisme. Or la notion de margilalité doit être relativisée dans le contexte de la société marocaine. On pourrait se demander par rapport à quelle type d'entité est déterminée la marginalité?

La société marocaine précoloniale présente différents types d'entités qui, soit se dressent les unes contre les autres, soit s'emboîtent les unes dans les autres; une telle caractréristique a été théorisée par les anthropologues comme étant un modèle segmentaire. Chaque segment a un centre et une marge. Où opère donc le banditisme? Dans le cas de la société rurale précoloniale, le banditisme émane non pas des marges du système tribal mais de son centre.

Il est mené par ceux qui se trouvent au haut de la hiérarchie sociale et par ceux qui aspirent à le devenir: L'organisation tribale segmentaire offre un champ libre pour l'apparition d'un banditisme d'élite. Il ne rassemble pas les catégories sociales marginales, tels que les paysans sans terre, les soldats déserteurs, les bergers sans troupeaux, les roturiers et les parias du système social comme le souligne Hobsbawm, mais surtout les "grands hommes" de l'organisation tribale.

Mais ce banditisme tribal se situe dans une sphère marginale faisant ellemême partie d'un système globale. C'est dans le rapport au pouvoir central que la marginalité du banditisme tribal constitue le seul et unique moyen entre les mains de "l'aristrocratie" tribale pour revendiquer une participation au pouvoir bandes de rôdeurs constituaient une menace pour l'administration coloniale durant l'intervention française.

En effet, le banditisme a été orienté contre l'administration française. Pour le cas de l'algérie, voir Jean Déjeux, "Le bandit d'honneur en Algérie: Le banditisme devient par là un moyen de réaliser l'ascension sociale d'accéder au caïdat et de garantir la reconnaissance du Makhzen.

Instigateur de la rébellion politique, le "bandit" n'enlève pas aux riches pour donner aux pauvres, mais dépouille l'ennemi pour s'enrichir lui-même et s'agite pour revendiquer sa part de pouvoir monopolisé par le Makhzen.

Le banditisme n'est nullement donc la résultante d'une forte oppression sociale comme le souligne Hobsbawm, mais un moyen pour négocier avec les autres autres tribus ou Makhzen sa part du pouvoir. A travers le banditisme et le pillage une certaine réorganisation des rapports de forces et un partage du pouvoir s'opèrent.

Si le pillage et le vol sont liés à la structure segmentaire tribale, ils obéissent aux lois de cette structure. Le principe segmentaire comporte un équilibre qui empêche l'éclatement du système, dans la mesure où tout conflit à un niveau entraîne une alliance à un autre.

De même, le vol et le pillage entraînent l'existence d'un certain nombre d'institutions qui atténuent leurs effets. Pour éviter d'être attaqués par les voleurs, les commerçants se font escorter pour sa rendre aux souq s par un zehàt. Les commerçants de Meknès, de Rabat et de Salé qui fréquentent les souq s de la région des Zemmour "s'y rendaient sous la garantie du mazriig qu'ils devaient acheter de tribu en tribu,, Le mezrag n'est autre que la protection suprême qui émane du pouvoir d'un individu sur un terroir et sur ses gens.

Demander le mezrâg à quelqu'un, c'est demander sa protection. Le pouvoir de la protection pour le protecteur mül al-mezrag , découle de son poids économique, social et politique au sein de sa tribu, et de sa souveraineté en tant que chef influent et incontesté Sur un terroir. La protection est parfois offerte mais souvent vendue aux étrangers.

En monnayant sa protection, l'escorte zenat accompagne les marchands ou ceux qui désirent traverser le terroir de la tribu. Tout visiteur ou marchand étranger qui traverse le terroir d'une tribu sans zettat se voit payer le prix d'avoir contourné la loi locale, à savoir celle d'engager 19 Voir A. Laraoui, Les origines sociales et culturelles du nationalisme Marocain, Maspéro, 19n.

Les correspondances entre le Sultan Moulay Hassan et les Caïds des Zemmour nous rapportent l'histoire de ce commerçant anglais qui a engagé un certain Bou cbid Ben Müsa es-salâwi pour l'achat de bétail dans les souq-s des Zemmour. Celui-ci fut volé et dépouillé par ces derniers parce qu'il n'était pas escorté et protégé 21 En exigeant des étrangers de se faire escorter zenata , la tribu leur rappelle sa souveraineté sur un certain terroir.

L'information sur les vols, appelée bshara, permettait la récupération des biens volés. Ayant l'avantage de connaître le voleur et l'endroit où sont cachés les biens volés, l'informateur beshar vend son service aux victimes. En général, chaque tribu avait son beshar, que l'on nomme par métaphore en berbère 'la lumière de la tribu' asid nqbilt. Sa fonction consiste à révéler l'identité des voleurs et des receleurs, en échange d'une rémunération dont la valeur dépend de la nature des biens volés 22 La beshara n'est payée qu'après restitution de la chose volée Il arrive que le beshàr devienne un receleur Kammàn.

La bshara est une institution, comme le dit l'informateur de Mouliéras, grâce à laquelle "les volés ne sont qu'à demi lésés,, Elle permet au volé de récupérer une part im!

Ce faisant, il accepte les régles du jeu du vol. La bshara atténue donc le bouleversement de l'ordre provoqué par le pillage et le vol, et équilibre par conséquent la répartition des richesses. Elle établit une sacralité dans les rapports entre alliés et impose une fraternité où il n'y pas de place pour le pillage entre les deux parties. Entre les alliés, le vol est banni et interdit. Le droit coutumier Zemmour, Librairie Larose, , p 23 C. Querleux op.

La bshâra fonctionne comme un mécanisme qui atténue la perte total des biens, elle permet d'en récupérer une partie et en régule la circulation. EUe exclue certains groupes du champ du pillage. A travers ces différentes institutions, le piliage apparaît moins comme un facteur de désordre et de déséquilibre absolus, que comme une stratégie mise en pratique par chaque tribu pour s'accaparer une partie des biens et mesurer sa force dans les conflits intcrtribaux.

Lorsque le pillage nahb des tribus touche les convois et les représentants du Makhzen, il est aussi une forme de contestation, non pas contre l'autorité mais contre les conséquences qu'entraîne l'allégeance à cette autorité, telies que payer les taxes obligatoires al-wàjib , les amendes dhcira. L'historiographie et les correspondances du Makhzen nous rapportent que le piliage de la demeure des "umana" et des cummal est un phénomène courant dans l'histoire du Maroc.

CAJursimauit Cne, "T! Le paradoxe du Caïd, c'est qu'il pourrait être du côté de la "racaille" et des "bons" à la fois. Ceci s'explique par le fait qu'il n'y pas une morale qui sanctionne le vol ou le pillage en soi, mais il y une morale qui les condamne lorsqu'ils sont commis par les autres.

Bien que le Caïd soit un élement principal du banditisme, le pillage des autres lui donne toujours l'occasion, pour rehausser son statut auprès du Makhzen, d'étendre son pouvoir, d'innocenter ses amis ou de se venger de ses ennemis. Pour consolider sa position auprès du Makhzen le Caïd joue son rôle d'informateur. Les actes des coupeurs de routes et des brigands sont parfois rapportés au Sultan. Les correspondances makhzéniennes nous montrent que le Caïd sollicite toujours l'arbitrage du Makhzen en cas de pillage pour légitimer par la même occasion toute éventuelle repré: Cette lettre l'exprime: Iammü qui avait de bons rapports avec les chorfas les innocente et accuse la tribu Bul.

Cette lettre du Sultan le révèle: Le Caïd sollicite aussi l'intervention du Makhzen pour se venger de ses VOlsms. Beaucoup de lettres le montrent, telle que celle que le Sultan adressa en rajab à un Caïd des Garwân: Mais cet arbitrage consiste à orchestrer les alliances en créant d'autres espaces de conflits et en permettant à certains de pratiquer d'autres pillages et à gagner un peu plus de pouvoir.

L'article de Biarnay sur les voleurs et receleurs de la région de Ouargha nous rapporte l'existence de deux types de vols. En effet, les deux types n'ont pas le même statut. Le premier n'attire pas beaucoup de prestige pour celui qui le pratique. Voler par la ruse, c'est se soustraire au principe qui consiste à étaler le courage et à prendre le risque. Archives Berbères, vou, fase. Ses règles voudraient qu'on ne pille pas les biens des femmes, des veuves, des pauvres et des petites "tentes".

Il y a une dignité à préserver dans l'action de voler, qui ne saurait être honorable que si elle oppose deux parties d'égale importante On vole et on pille certes pour acquérir des biens, mais aussi pour le prestige et pour l'honneur.

C'est cette rationalité de l'honneur qui empêche les pillards de voler les faibles et les démunis. Piller une "grande tente", une riche caravane ou la meqalla du Sultan est toujours un acte glorieux qui permet aux pillards de mesurer leur force et de l'admirer. Il y aurait peut-être un aspect narcissique dans l'action de voler. Le vol à main armée et à cheval est une pratique prestigieuse, chez les Berbères, comme l'écrit S.

Guennoun; il consiste en "une forme des plus honorables de la guerre. Il procure à son auteur un certain prestige et quelque considération,, Un fait qui a été aussi constaté et noté par le Cne Querleux, à propos des tribus Zemmour, qui écrit que "le vol et le brigandage étaient presque considérés comme des actes honorables et donnaient même une grande considération à leur auteur, l'essentiel était de ne pas se faire prendre,, La tradition orale, à son tour, évoque avec nostalgie les raids de ces hommes nobles et courageux qui n'hésitaient pas à se lancer dans l'aventure des razzias, ces hommes dignes de porter le nom de fl: Ceci ne suggérerait-il pas que dans un champ de bataille un homme Chal est capable de piller tous les biens nobles y compris les femmes?

Que vole-t-on dans cette société? On vole les choses qui mettent en valeur les hommes et leurs groupes. On vole des biens qui sont à la fois objet de négoce et d'honneur: Les biens assurant le prestige sont aussi objets de pillage. Dans la société marocaine, les biens ne circulent pas uniquement par le négoce mais aussi par le don et le vol ou le pillage. Antipode du don, le vol 36 Bourdieu P. Esquisse d'une théorie de la pratique, précédée de trois études Kabyles.

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Droz, Genève et Paris 37 Voir S. Guennoun, op. Querleux, op. Le pillage est donc un moyen qui permet la circulation du capital matériel et du capital-honneur. Un gain dans un côté entraîne une perte dans l'autre. Pour un homme, se faire voler, c'est se voir dépouillé et surtout se voir humilié. Rationalité économique et rationalité de l'honneur vont de pair. Telle tribu attaque une autre, certes pour la piller, acquérir ses biens, s'enrichir et démunir l'adversaire, mais elle l'attaque aussi pour capitaliser le prestige, pour préserver son image et son honneur.

Le pillage n'est pas uniquement une stratégie de combat dans un champ de bataille, mais aussi une compétition qui obéit à la logique de l'honneur. Lorsqu'on dépouille la victime, on lui inflige par la même occasion la honte et l'humiliation. C'est cette humiliation madhalla , souvent évoquée par les historiens, que craignent les représentants du Makhzen et la mehalla Sultanienne, lorsq'ils affrontent les tribus..

En jetant leur honneur dans la balance, les deux côtés avancent sur le terrain de la confrontation avec une détermination impitoyable. Le vainqueur pousse l'humiliation de l'autre à son extrême.

Dans le discours de l'historien, bien que les actes des deux camps aient la même violence, ils n'ont pas la même signification. Ce discours qui n'est en fait que celui du pouvoir, s'arroge le droit d'octroyer des attributs qui distinguent l'acte bon sali! La légitimité est du côté du Makhzen.

Le pillage auquel il soumet les tribus lors des! La violence des actes est atténuée par le ton de l'historiographe; il la présente comme n'étant pas une violence déchaînée puisqu'elle s'arrête toujours par l'acte magnanime du pardon du Sultan. Là encore, le répertoire linguistique pour désigner ce pardon est riche.

L'anthropologie de l'honneur. La mésaventure de Sichem. Tout se passe comme si la finalité de la violence est de prouver la supériorité de la force, d'humilier l'autre et de lui "infliger" le pardon, signe suprême de sa défaite. Cette logique répond à l'adage populaire qui dit: Le pardon restaure l'honneur du Makhzen. Par la suite, le Sultan écrit aux cummal et à certains Caïds pour leur annoncer la victoire et pour qu'ils en tirent la leçon.

En réalité, la douceur du pardon n'est que la fin d'un processus, dont les étapes sont impitoyables. Le Makhzen aspire à voir les tribus insoumises, humiliées mutadhalilïn à l'extrême.

L'acte de leur infliger la honte est poussé à ses limites extrêmes. Lors des I:! Et l'honneur devient cette capacité de réduire au silence l'adversaire. On coupe quelques têtes, on les envoie aux villes pour qu'elles les accrochent au haut de leurs murailles. En coupant la tête, on ne donne pas uniquement la mort mais on déshonore la victime et son parti. La nouvelle de la défaite ne se répand pas par une quelconque rumeur, mais on la visualise sur les murailles de la ville, pour que la mort des uns serve de leçon aux vivants.

Les tribus, de leur côté, ne sont pas moins impitoyables. Lorsque la victoire est de leur côté les représentants du Makhzen ne sont pas uniquement pillés, volés et démunis de leurs biens mais aussi dépouillés de leur vêtements.

C'est la pire des humiliations pour un représentant du Makhzen de se voir, selon l'expression d'ibn Zaydân "nu, comme au jour où sa mère l'a mis au monde.. Dénuder la victime et lui ôter la parure qui la protège, c'est l'exposer à la pitié des passants et à l'humiliation absolue devant l'ennemi et devant les siens.

De retour à la cour, dépourvu de ses habits, il se vit encore plus humilié devant le Sultan. Celui-ci le couvrit, mais lui en voulut d'avoir été "celui par qui la honte est 40 Ibn Zaydàn, Itl]af, vol 2, p. Cette stratégie a plusieurs dimensions: Jl Jllll l. Il a pour thème principal le vol et le pillage. LJl if ë. Jjyi o.. L; Lr: A ;,; JI JL Jyàl 0;.!

IL al; i. Ll1 if 0;. Jyj 41,. H ifj.: J J;;1 0p. I I";'l: S d64 r-i. J -rl:. LJ1 if Oj.. J 17r-. I d,-? LJ1,jJ' ë. AJI ': J13üS 0l.. Enseignement supérieur et recherche scientifique dans le monde arabe. Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source. A propos de Maghress Widget des articles Publicité Contactez-nous Nous avons articles indexés.

Sujet Auteur Région. OK Lire aussi Une première base de données des auteurs marocains Des universitaires interpellés par le temps présent et les fonctions de l'historien Monographie de Abdellah Guennoun L'ouvrage "Arts et coutumes des Maures" d'Odette du Puigaudeau, une mine d'informations sur l'univers du désert Enseignement supérieur et recherche scientifique dans le monde arabe Hesperis-Tamuda, un trésor à bout de clic Ahmed Mesk Publié dans Albayane le 11 - 04 - Fondée en dans un Maroc sous protectorat français, la revue Hespéris fusionna avec la revue Tamuda qui paraissait après l'Indépendance du pays, pour devenir Hespéris-Tamuda.

Autrefois consultable auprès des bibliothèques, la revue spécialisée dans l'étude du Maroc à partir de différents angles: Désormais, et au grand bonheur des férus d'Histoire, notamment les spécialistes et les chercheurs, la fameuse revue est consultable sur le portail qui lui est dédiée www.

Contacté par Al Bayane, M. Dans ce sens, et toujours selon M. Il est clair que le besoin en matière de sources bibliographiques exclusives et fiables se fait de plus en plus sentir.

La numérisation de la revue a donc permis à plusieurs personnes, les chercheurs comme les curieux, à bénéficier de la richesse et la qualité scientifique de cette revue. Conscients de l'importance de l'organisation et de la minutie chez les chercheurs, Khalid Ben Srhir a veillé à réorganiser la pagination de sorte à faciliter l'accès à l'information recherchée.

Cette opération a trouvé ses fruits, puisque, dès sa mise en ligne, et en un temps très court, la revue a été consultée par plus de 20 personnes à travers le monde Maroc, Algérie, Tunisie, Occident Une preuve réelle de la réussite d'une telle initiative, mais aussi de la soif des chercheurs. Par ailleurs, le coordinateur scientifique nous a précisé que les articles proposés par la Hespéris-Tamuda sont dotés d'une grande qualité scientifique.